Ethnographie et secret diplomatico-militaire : réflexions sur une observation participante dans le contre-terrorisme de l’OTAN

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Cultures et Conflits
Auteur
POMAREDE Julien
Année
2020
ISBN
https://doi.org/10.4000/conflits.21852
Lieu
Paris
Edition
L'Harmattan
Collection
Cultures & Conflits, n°118
Pages
37-69

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Cet article interroge les modalités de conduite d’une ethnographie en terrain diplomatico-militaire. À partir d’un retour réflexif sur une observation participante (OP) de sept mois au Quartier général de l’OTAN (avril-octobre 2015) dans le cadre d’une recherche portant sur la production du contre-terrorisme au sein de cette organisation internationale, j’analyse les opportunités et les contraintes pesant sur le chercheur lorsqu’il est immergé dans un milieu diplomatico-militaire. Si l’OP fournit un accès privilégié à ce type opaque d’environnement, elle présente aussi des défis, relevant de l’appréhension d’un secret qui en sature le fonctionnement quotidien. L’optique du propos est d’objectiver une série d’éléments méthodologiques ayant rendu possible mon enquête. J’entends ouvrir une voie entre un défaitisme qui ferait du secret une contrainte qui limite fortement l’entreprise ethnographique et l’idée répandue dans les études critiques de sécurité selon laquelle le secret est une contrainte aisément contournable par les seuls talents intrépides du chercheur. En me concentrant sur les pesanteurs institutionnelles et structurelles du secret sur le terrain d’immersion, j’entrevois l’expérience ethnographique comme une relation sociale entre le chercheur et la confidentialité, qui s’opère par le biais d’un dispositif méthodologique. Présentement objectivé comme une « violence symbolique » aux effets importants en OP, le secret est appréhendable, voire contournable, par la mise en place d’un dispositif méthodologique et éthique qui peut en faire varier la force sur l’enquête et, de ce fait, créer des opportunités réelles pour cette dernière.