La Chine et la zone de la mer Noire

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Relations_internationales_187
Auteur
KELLNER, Thierry
Année
2021
Edition
Presses Universitaires de France - PUF
Collection
Revue Relations internationales 2021/3
Pages
109 à 132

Tags

Kellner, T. (2021). La Chine et la zone de la mer Noire. Relations internationales, 187, 109-132. https://doi.org/10.3917/ri.187.0109

Résumé : 

Depuis la République populaire de Chine (RPC), la zone de la mer Noire apparaît plutôt lointaine et marginale. L’expression « région » ou « zone de la mer Noire » (黑海地区) est peu utilisée comme concept géopolitique. Une recherche effectuée en janvier 2021 avec ce mot-clé sur le site officiel du ministère chinois des Affaires étrangères ne renvoie qu’à trois articles d’information [1]
[1]
Site internet du ministère chinois des Affaires étrangères (en…. Par ailleurs, dans les divisions territoriales établies par le ministère chinois des Affaires étrangères et gérées par un département particulier, parmi les six pays riverains de l’espace de la mer Noire, la Russie, l’Ukraine et la Géorgie sont placées sous la houlette du département « région européenne et d’Asie centrale » alors que la Bulgarie et la Roumanie relèvent du département en charge de la « région européenne » et la Turquie du département « Asie occidentale et Afrique du Nord » [2]
[2]
Idem.. Étant donné cet éclatement de la gestion des pays riverains, la RPC ne semble pas avoir établi de stratégie spécifique visant cet espace particulier. L’utilisation du concept géopolitique de zone de la mer Noire par les chercheurs chinois n’est pas non plus très fréquente [3]
[3]
Les articles de revues académiques chinoises couvrant cette….

Cela étant dit, cette zone qui, vue de Chine, prolonge l’espace caspien et le Caucase et offre une connexion avec le reste de l’Europe et le Moyen-Orient, est inscrite dans la stratégie plus large des routes de la soie (Belt and Road initiative, BRI) lancée en 2013 par Xi Jinping. Cette dernière a notamment pour objectif de mieux connecter la RPC au pôle économique européen pour favoriser les échanges commerciaux et projeter la puissance de la Chine au cœur de l’Eurasie et au-delà. Aux yeux de Pékin, l’espace de la mer Noire peut donc offrir des voies de transit utiles pour l’énergie (oléoducs, gazoducs) et les marchandises (transport maritime, ferroviaire et routier), mais présente aussi de l’intérêt au regard des différents pays qui le constitue, chacun avec sa spécificité.

Tous les pays riverains n’ont cependant pas la même importance aux yeux des autorités chinoises et leur influence varie également de l’un à l’autre. Par ordre de priorités, Pékin accorde d’abord une attention particulière aux puissances régionales, à commencer par son puissant voisin russe avec qui il a établi un « partenariat stratégique et de collaboration complet » (2019) [4]
[4]
Voir les ambiguïtés de leur relation dans : Bobo Lo, « The…, puis la Turquie, dont Pékin recherche la coopération notamment sur la question ouïgoure. L’Ukraine liée à la Chine par un « partenariat stratégique » depuis 2011 [5]
[5]
Détails dans Sergiy Gerasymchuk, « China and Ukraine: Success…, occupe également une place non négligeable du fait de ses ressources naturelles et de son marché, mais aussi de son complexe militaro-industriel [6]
[6]
Par exemple la société Motor Sich (infra) ou la Gas Turbine… hérité de la période soviétique. Il intéresse particulièrement l’armée chinoise. Kiev a déjà joué un rôle utile pour la Chine dans ce domaine lorsque sous couvert d’une société de Macao, elle y a acquis en 2000 le porte-avion soviétique Varyag, devenu le premier porte-avion chinois sous le nom de Liaoning en 2012 [7]
[7]
Sebastien Roblin, « The Wacky Story of How China’s Navy Got…. Depuis, la RPC s’y est aussi procuré des aéroglisseurs à coussin d’air ainsi que des moteurs à turbines à gaz utilisés ensuite pour produire sa propre variante destinée à ses navires militaires.

Les autres États de la zone sont plus marginaux pour sa politique étrangère, ce qui ne signifie pas que la RPC n’a pas de relations avec eux ou n’y a pas d’intérêts. Au contraire, ces dernières années, elle a élargi son engagement économique et diplomatique et sa présence dans l’ensemble des pays de la zone. Si ses intérêts sont d’abord économiques et liés au déploiement de la BRI et si ses activités sont plus modestes que dans d’autres régions du monde, son action n’est pas dénuée de visées, ni sa présence de conséquences géopolitiques. Cette dernière se heurte toutefois à d’importantes limitations.